La Base Autonome Durable, ou BAD

La BAD est à la mode. Tout le monde en parle, chacun y va de sa définition, de son analyse, de son idée de la question. La base autonome durable, tout le monde en rêve comme d’un absolu, la panacée, le remède à tous les maux de notre époque, le repère universel en cas de grand cataclysme. Pourtant, la base autonome durable est la maison de nos ancêtres pas si lointains. Ceux-ci ne se torturaient pas l’esprit pour savoir si oui ou non le fait qu’ils pétrissent leur pain et tirent l’eau de leur puits leur conférait le titre d’experts en autonomie. La BAD est un concept naturel et ancestral, bêtement redécouvert par quelques citadins en mal de nature et en rupture de société. La BAD, c’est avant tout du bon sens, refuser de confier son destin à un Etat de plus en plus en perdition, prévoir, anticiper, s’épanouir. Beaucoup de mes voisins auvergnats qui tuent chaque année le cochons et la volaille, ne se sont jamais posé ce genre de question, pas plus que dans aucune ferme Française. Dans nos campagnes, on est badeux de père en fille et de mère en fils, et qu’on puisse même un seul instant consacrer de l’énergie cérébrale à y réfléchir en débarquant de la ville et en croyant redécouvrir la roue, ça les épate drôlement. Parlons-en justement.

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En guise de préliminaire et pour accorder tous les violons, établissons quelques axiomes :

La BAD, c’est là où l’on vit, et en aucun cas le lieu éloigné de 300 km de son domicile où l’on partirait dans l’urgence en cas d’écroulement de la normalité. Bien sûr, une ferme dans le Forez est plus propice à devenir BAD, qu’un appartement HLM de banlieue. Bien sûr, si on vit dans cet appartement, créer une BAD présentera quelques impossibilités. A soi de faire en sorte et se donner les moyens d’aller vivre ailleurs, c’est ainsi.

La BAD est le fruit de l’engagement de toutes ses ressources. On ne crée pas une BAD en dilettante, en se contentant d’appliquer un principe par-ci, un autre par-là, tout en continuant à vivre comme avant, dans le confort de la consommation à crédit et dans l’inconfort de la mal-bouffe fast food. Certes, on ne se découvre pas toutes les qualités du Badeux parfait du jour au lendemain, on ne devient pas le dernier trappeur en se levant un matin ; c’est un cheminement long et parfois fastidieux. Mais toujours, l’engagement personnel reste entier.

Il ne suffit pas de poser son chèque chez le notaire pour être badeux ; le facteur humain est primordial. Dans cette BAD idéale, il se peut qu’on soit loin des cinémas, des bars, des boites de nuit, des théâtres, des centres commerciaux, des salles de sport à la mode. Il se peut que les hivers soient rudes et solitaires. Il est impératif de s’accommoder de cela, voire d’y aspirer. Faute d’être dès l’installation, le Mermoz du potager, le Mozart de la chasse, le Chopin de la cueillette, le Picasso de la récupe et du bricolage, le fait de se sentir bien dans sa retraite et d’aimer y vivre à l’année sera déjà un très grand pas de franchi. Le bon sens, lui et toujours lui, requiert de se sevrer de beaucoup d’inutile. Ne pas pouvoir se passer de sortir le soir, de descendre la rue des bars à la mode avec de bruyants et futiles copains, sera un frein considérable à son établissement dans une BAD. Etre contraint par des idéologies de gauche et de droite, des théories écologiques boboisantes autant que citadine, des encombrants d’a priori comme le végétarisme, le marxisme, le charlisme, l’antifascisme socialiste, le vallsisme, le sarkozisme, … est un facteur d’échec majeur à son établissement dans une BAD. En clair, le socialo bobo végétarien charlie a très peu de chance de survivre un hiver chez moi. Le badeux est libre et droit dans ses bottes. Il sait ce qu’il veut et où il aimerait aller. Ses choix sont dictés par le bon sens et la sagesse, non par les idées d’un crétin diplômé de l’ENA. Le badeux ultime est un ascète, un sportif, quelqu’un qui n’est pas inquiet de savoir son porte monnaie vide. Le badeux tend vers des buts (il en a plusieurs, physiques, physiologiques, matériels, spirituels…). C’est un être finalisé qui a trié sur le volet son entourage. Dehors les parasites, les penseurs du système et du rang, les moqueurs qui n’agissent jamais, les pétochards de gauche, les banquiers, les journalistes de BFM, France Inter, France Info, TF1, le Monde, l’Humanité, le Figaro, ceux qui parlent d’écologie mais ne reconnaissent pas un bolet d’une pomme. Hors de nos BAD bouffeurs d’énergie et de temps. Le badeux a le temps, celui des saisons et de la Terre, des étoiles et du Soleil.

La résilience est un parcours qui peut sembler de prime abord très anti-social, puisque cela conduit à sortir peu à peu du système imposé, à s’extraire de la spirale de croissance et de dette voulue par notre civilisation. Mais finalement, le résilient crée du lien social authentique, bien plus qu’un citadin, autant qu’il est l’ami de la planète.

La BAD idéale est un endroit reculé, éloigné des grandes métropoles et si possible des centrales nucléaires, d’où l’on voit arriver de loin un danger potentiel ; un endroit où l’eau abonde, si possible pourvu de sa propre source ; un endroit où est facilement envisageable un moyen de chauffage alternatif et indépendant du réseau énergétique national ; un endroit où l’on peut se lancer dans le petit élevage et le maraîchage familiale.

Le reste c’est de la littérature et du choix personnel. Certains préféreront s’installer en Bourgogne, d’autres seront plus à leur aise en Bretagne. Certains se chaufferont à l’énergie solaire parce que le soleil brille chez eux tous les jours ; d’autres se chaufferont au bois, parce que leur BAD est entourée de forêts. Certains préféreront la Yourte dans un près, d’autres la cabane de rondins dans un bois non constructible, et d’autres encore la maison moderne étudiée pour par un architecte spécialiste … Il n’y a clairement pas de « solution la meilleure ». C’est une question de moyens, d’affinité, de préférence et de compromis. Même si le bon sens incline à préférer pour l’usage BAD, une solide camionnette à un coupé sport, le coupé sport pourra aussi abattre sa part de travail. Grand bien fasse à celui qui n’a pas peur de salir sa Porsche en transportant son bois de chauffage sur le siège passager à travers les sentiers forestiers. Cela dit, à moins d’être très riche, acheter une Porsche à crédit est un très bon moyen de ne jamais atteindre la résilience. Si on vous la donne, vendez-la et investissez dans un fourgon diesel. Bon sens, bon sens et encore bon sens.

 

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